Mon père fut un mystère pour moi.
Il avait 40 ans lorsque je suis né. Je me rappelle qu'il faisait de son mieux pour me sortir du giron de ma mère, tout en se faisant plaisir à lui. C'est ainsi que nous allions voir les matchs de rugby locaux, sur un solex équipé d'un siège pour enfant. il m'emmenait aussi au bar du coin pour faire son PMU ainsi qu'à celui des pieds noirs de l'avenue un peu plus lointaine, où je dégustais les meilleures brochettes que j'ai pu manger dans ma vie.
Mais ça n'allait pas toujours aussi bien... Il était jaloux, coléreux. De plus il tomba au chômage et eu du mal à en retrouver. Ce qui le rendit un peu alcoolique... Et de temps en temps, puis de plus en plus fréquemment, il s'en prenait à ma mère, et ce n'était plus le même homme. Il avait des propos assez violent envers elle. Il était exigeant, elle avait peur de tomber enceinte, et s'en prenait aussi aux voisins.
En avançant dans ma vie, j'ai pris des orientations en fonction de mes rencontres, qui allaient à l'opposé de la haine, la violence, l'intolérance des nazis du 3ème reich, mais aussi de l'emprise patriarcale des hommes sur les femmes depuis l'Empire en France.
Je me suis demandé longtemps quel avait été sa posture durant la guerre. J'ai longtemps avancé dans la vie avec la certitude qu'il avait ét éde la collaboration. Puis, je me suis souvenu que ma mère avait prétendu qu'il avait pris le maquis. Il aurait été Réfractaire du travail obligatoire durant la guerre.
C'est tout à fait par hazard que j'ai appris il y a peu de temps une part de vérité de ce que mon père avait fait durant cette pèriode. Toulouse, où il avait passé son enfance jusque vers 30 ou 35 ans, était une zone libre jusqu'en 1942.
Grace à la centralisation et l'informatisation des données généalogiques, j'ai enfin tropuvé de traces de ses activités. Rien de bien complet, mais ça indiquait des pistes qui corroborait ce qui avait été évoqué lorsque j'étais un jeune poussin. En effet, j'ai reçu un mail, il y a environ 2 mois, d'un site de généalogie qui voulait que je m'abonne. Et pour me faire réfléchir, il me proposait la lecture de faits divers dans les journaux, sur lesquels apparaissait le nom de mon père. Et je pouvais voir que mon père avait été arrété en 1943, avec 25 autres personnes. Mais je ne pouvais en lire plus.
J'ai donc essayé de faire des recherches par moi même. Il y avait le nom de journal, en l'occurrence "La Dépêche du Midi", et la date...
J'ai contacté le service des archives de ce journal, et le lendemain je recevais par mail l'article de journal complet. C'est ainsi que j'appris que mon père avait été arrété par la police de Vichy, du fait que même en zone libre, le Préfet était aux ordres du gouvernement de collaboration. Il avait été accusé , lui et 25 autres hommes et femmes d'avoir distribué des tracts...
Mon père avait été catalogué communiste pour avoir distribué des tracts.
En 1940, Jankélévitch s'engage dans la Résistance en distribuant des tractset déclare :"Les nazis ne sont des hommes que par hazard". Il dira que s'engager c'était distribuer des tracts en pleine rue au péril de sa vie.
Mon père dans le même article jurait, avec une autre accusée de sa bonne foi. Sans doute désignait il le fait que le tract, malgré son contenu engagé ne prouvait en rien son origine au parti communiste.
Il fut néanmoins condamné à 6 mois de prison ferme. Il aura sans doute évité la déportation.


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